23.04.2008
Technologia InCognita : Se hace camino al andar !
Caminante, son tus huellas
el camino, y nada mas ;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace camino,
y al volver la vista atras
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante, no hay camino,
sino estelas en la mar.
In Chant XXIX Proverbios y cantarès,
Campos de Castilla, 1917.
Antonio Machado (*)
Technologia InCognita, donc pas d’alibis technologiques, Messieurs nos Dirigeants Politiques !
Le chemin se construit en marchant ! Marchons, marchons,....
Je viens de relire récemment une publication de la « Revue de l’Energie » qui ne peut pas laisser indifférent tout lecteur quelque peu démocrate et humaniste.
Très souvent, dans le domaine de l’énergie, les «méchants» producteurs sont montrés du doigt par nous, les citoyens-consommateurs. Devant les problèmes structurels que notre civilisation va devoir confronter les prochaines années (fin des énergies fossiles bon marché, changement climatique,…), très souvent les énergéticiens peuvent être tenté par un discours très technologique : « Nous allons développer les technologies pour faire face aux problèmes ». Et on voit alors surgir l’alibi technique qui est de suite saisi par des décideurs politiques qui n’ont pas le courage de l’action.
Ici, le ton est tout autre, bien que les deux auteurs ne soient autres que Yves Bamberger, Directeur EDF R&D, mais aussi membre de l’Académie des Technologies et Bernard Rogeaux, en charge des questions prospectives à EDF R&D, qui précisent que cette publication n’engage pas EDF mais EDF a accepté cette publication. Aucun alibi technologique n’est brandi, mais un vibrant appel à la responsabilité politique, à la prise de pouvoir du citoyen sur le consommateur.
Le titre de l’article « Quelles solutions des industriels peuvent-ils apporter aux problèmes énergétiques ? » ne reflète en fait pas la teneur de l’article. Si les solutions des industriels peuvent être activés, celles-ci sont mise en second plan car le préalable est l’acte politique fort de reconfiguration du système énergétique mondial, ce que d’autres auteurs appellent « changement de paradigme énergétique ».
Il est d’abord rappelé l’importance pour un énergéticien tel qu’EDF d’anticiper au mieux les futures contraintes économiques, sociales et environnementales au niveaux mondial afin de faire des bon choix en ce qui concerne les investissements énergétiques futurs. Les auteurs présentent ensuite les résultats d’un travail de modélisation qui a été réalisé au sein de la R&D du Groupe EDF afin de définir les différentes technologies -du côté de la demande comme du côté de la production- qui permettent de faire correspondre l’offre et la demande énergétique mondiale durant ce 21ième siècle.
Le scénario étudié en détail dit « tendanciel-vertueux » est basé sur une politique extrêmement volontariste de réduction de la demande, d’efficacité énergétique, de développement des renouvelables et une vision relativement optimiste en ce qui concerne les ressources en fossiles et fissibles (uranium) et le déploiement des technologies disponibles. Il laisse cependant apparaître que, dans l’état actuel des connaissances technologiques, nous nous dirigeons à partir de 2040 vers une vers une surface grandissante avec un point d’interrogation. A la manière des « Terra In Cognita » des cartes des navigateurs européens. Appelons cela « Technologia In Cognita »
Il est clairement montré que ce scénario dit « tendanciel-vertueux » est certes technologiquement envisageable pour prochaines décennies mais n’est pas fait pas soutenable très longtemps. Le temps est de fait la ressource dont nous disposons le moins compte tenu de l’inertie du système énergétique mondial et les nouvelles « solutions requièrent le plus souvent d’un délai incomprésible de 20 à 30 ans….et la R&D travaille déjà sur le système énergétique de 2050. »Marchons, marchons,... vers un monde énergétique soutenable.
Les auteurs en appellent à la mise en place d’une transition vers un monde énergétique soutenable et se posent la question du temps nécessaire pour réaliser cette transition.
En conclusion, « les simulations réalisées montrent que la situation énergétique mondiale est porteuse de risques considérables, même si sont développées dans les prochaines années des politiques tendancielles actuellement préconisées.» Ce n’est pas la peine je pense de m’appesantir sur les risques encourus, en particulier géopolitiques, la présentation de Bernard Rogeaux de novembre dernier au « Club de Nice - Energie et Géopolitique» est assez explicite.
Au niveau européen, les auteurs proposent la mise en place d’un plan d’urgence énergétique, "un Crash Program" dont le coût a été estimé à 35 à 40 Milliards d’Euros sur le seule périmètre France, soit 2% du PIB ce qui permettra de réduire de 65% nos importations d’énergies fossiles au bout de 25 ans.
Au niveau mondial, seule l’émergence d’une réelle gouvernance mondiale et de nouvelles coopérations. Les besoins d’investissement sont gigantesques les trente prochaines années. Les auteurs estiment que le surcoût annuel pour une transition vers un système énergétique mondial soutenable est d’environ 1000 milliard d’US$ par rapport au 500 milliard d’US$ estimé par l’AIE dans le scénario traditionnel. Ce surcoût est donc d’un peu plus de 2% du PIB mondial, qui doit être mis en regard du très supérieur coût de l’inaction en ce qui concerne le changement climatique qui a été estimé dans le rapport Stern à 5% à 20% du PIB mondial.
Rien ne pourra se faire sans une prise de conscience difficile, mais nécessaire et urgente.
Citons encore les auteurs : « Ces décisions sont impossibles à prendre tant que les choix politiques ne resteront conditionnés par le pouvoir d’achat à court terme. Jusqu’à quand le consommateur d’aujourd’hui dictera-t-il sa loi, au citoyen, au politique,… et au consommateur de demain »
A la veille de la prise de présidence européenne, j’exhorte notre président français à être le président de "notre Pouvoir de Vivre" et de celui de nos enfants !
Liens pour aller plus loin :
Revue de l’Energie n° 575 jan 2007 Yves Bamberger, Bernard Rogeaux, EDF R&D « Quelles solutions des industriels peuvent-ils apporter aux problèmes énergétiques ? »
rem : l'ensemble des chiffrages de la publication ici repris est basé sur un barril à 60 US$ et non 120 US$. Les conclusions ne devraient pas drastiquement différentes avec un pétrole plus cher; une double conséquence: ralentissement de l'économie, mais coût relatif des solutions non carbonées plus favorables.
(*)Marcheur, ce sont tes traces
ce chemin, et rien de plus ;
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se construit en marchant.
En marchant se construit le chemin,
Et en regardant en arrière
On voit la sente que jamais
On ne foulera à nouveau.
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Seulement des sillages sur la mer.
Traduction de José Parets-LLorca
09:30 Publié dans Energie, Démocratie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, energie, europe


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