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"L'identité nationale française porte un idéal de résistance" : F. Bayrou (Projet Espoir-2007)

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13.06.2008

Nous avons trop de pétrole disponible !

Voilà bien un titre provocateur vous me direz alors que au JT 20h de France 2, hier soir pour la première fois, on approche de facon un peu plus approfondi les effets possibles d'un pétrole cher et rare : "Energie, un monde sans pétrole". En fait ce titre reflète bien la réalité et je me propose dans ces quelques lignes de vous expliquer pourquoi.
Depuis Brake en Pennsylvanie, nous fêterons le 150 ième anniversaire l’an prochain, nous sommes rentrés dans l’ère de l’industrie du déstockage des fossiles. Il y a bien le charbon et le gaz naturel, mais la densité énergétique du pétrole et sa polyvalence nous a permis de développer la société que nous connaissons. Je rappelle que 85 % de l’énergie consommé dans le monde est fossiles (pétrole, charbon gaz naturel), 10 % est le bois, 2 % chacun électronucléaire et hydraulique, moins de 1% pour les énergies renouvelables qui occupent le devant de la scène (éolien, solaire thermique ou photovoltaïque)


Dans son livre de janvier 2007 « Trop de Pétrole », Henri Prévot (1) présente (p33) que l’humanité dispose de ressources fossiles deux fois trop abondantes. En effet, si nous continuons à déstocker les carbones fossiles, nous allons continuer à faire augmenter la concentration en CO2 dans l’atmosphère. Un tableau résume cela en page 36 que je présente ici pour expliquer l’approche, plus que pour discuter les chiffres.
Un déstockage de 28 % des réserves restantes d’ici 2200 correspond à une quantité CO2 de 850 GtC (Gigatonne Carbone), stabilisant la concentration dans l’atmosphère à 450 ppm, augmentant ainsi la température globale de 2,7 °C (+ /- 1°C), acceptable disent les experts du GIEC. Un déstockage de 50 % correspond lui à une quantité de 1500 GtC, une stabilisation à 650 ppm et une augmentation induite de 4°C (+ /- 2), déjà plus difficile, peu pour nous directement mais clairement indirectement par les instabilités politiques et les « naufragés du climat »
En conséquence, si nous voulons ne pas dérégler trop notre belle machine climatique, qui nous a permis depuis 10 000 ans de passer sans trop de soubresaut de la révolution néolithique à celle d’internet, nous devons ensemble, laisser la moitié des fossiles là ou il sont! d’où le titre provocateur de Prévot que j’ai adapté ici pour cet article.(2)


panoramix.jpg Et quelle conclusion tire le libéral que je suis ? Peux-t-on faire confiance au mécanisme de régulation du marché pour laisser la moitié de cette potion magique dans la marmite ?

 

 

Depuis quelques semaines nous assistons à une agitation des économistes, de l’industrie pétrolière et des pays producteurs. Nous entendons : « Depuis des années, nous n’avons pas assez investi dans l’industrie de l’énergie » « il est temps de réinvestir… » Il est vrai qu’un certain nombre de pétroliers ont été refroidi lors du second choc pétrolier, en particulier les européens. Ils ont investi massivement en mer du Nord, par exemple, car avec les prix de 1980 les puits étaient rentables, mais le contre-choc pétrolier de 1985 leur a coûté très cher. Nous voilà donc reparti dans un cycle d’investissement majeur dans l’amont de la chaîne énergétique qui vont forcément tirer vers le bas les prix, augmenter encore un peu plus notre dépendance. Et les prix vont continuer à évoluer de « dents de scie » en « tôle ondulée » mais globalement vers le haut sur le long terme. Dans une quinzaine-quarantaine d’années, les stocks de « liquid fuel » seront bien épuiser et les faiseurs de prix seront les quelques pays à disposer du charbon et autres schistes bitumeux.

Le libéral que je suis est pour nous sortions ce cette dépendance pour retrouver notre liberté. Cela ne peut se faire que si nous (français et/ou européens) mettons en place une régulation politique forte. Le rôle de l’Etat est essentiel car il s’agit de déconnecter les prix marché du baril de pétrole (et autres fossiles) des marchés mondiaux lors du passage aux frontières. Il s’agit de mettre en place un prix final « politique » aux fossiles (ou au carbone, via une taxe carbone, c’est la même chose). Il faut aussi biensûr faire la même chose avec le « carbone gris », celui qui participe à la fabrication des produits agricoles et manufacturés que nous importons. En influant sur le prix énergie, en ne le rendant pas fluctuant mais en proposant un prix fixe (mais en augmentation constante et régulière, on propose aux acteurs économiques un signal clair qui permet de rentrer sereinement dans cette période de transition économique, cette période de « Energy Descent », qui n’a rien à voir avec ce que je crois percevoir du terme « décroissance », mais une réelle croissance vers une société plus sobre et efficace énergétiquement.
A l’heure où les socialistes français, quarante ans après le SPD allemand à Bad Godesberg, viennent de reconnaître les vertus de l’économie de marché, voilà que , moi qui me dit démocrate et libéral, je propose de faire une entorse volontaire au mécanisme de régulation par le marché. Je trouve cette approche plus rigoureuse et efficace que les propositions populistes de taxations des pétroliers comme on l’entend chez les socialistes français ou encore la droite italienne (taxe robin des bois)

J’attends vos commentaires (pas sur l’ortograf, je soignerai cela plus tard)


(1) je ne partage pas toutes les options de Henri Prévot. Pour faire vite, je trouve son approche trop orienté offre, pas assez demande. Il existe un déséquilibre fort dans le domaine énergétique entre les critères de rentabilité économiques retenus côté offre/côté demande. Cela est assez bien expliqué dans un vieux livre Facteur 4 de Weizsäcker (le SPD, l'excellent professeur ex du Wüppertal Institute pas son frère CDU le (à mon avis) meilleur président allemand depuis 30 ans). Ce biais entraîne les acteurs économiques de privilégier l’un sur l’autre alors d’une approche de dématérialisation de l’économie devrait nous inciter à rééquilibrer cela. Car je rappelle que le rendement énergétique de la maison France est 34 % et que la meilleure énergie est celles que l’on ne dépense pas !

 

(2) le provocateur George Monbiot, a écrit dans the Guardian, le 11 décembre dernier :"Rigged"

"Ladies and gentlemen, I have the answer! Incredible as it might seem, I have stumbled across the single technology which will save us from runaway climate change! From the goodness of my heart I offer it to you for free. No patents, no small print, no hidden clauses. Already this technology, a radical new kind of carbon capture and storage, is causing a stir among scientists. It is cheap, it is efficient and it can be deployed straight away. It is called … leaving fossil fuels in the ground."

09:55 Publié dans Energie, Démocratie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : energie, fiscalité

11.06.2008

Fiscalité et Energie

Je vous invite à lire cette tribune de  NICOLAS HULOT, DOMINIQUE BOURG, PATRICK CRIQUI, ALAIN GRANDJEAN ET JEAN-MARC JANCOVICI, publiée le 9 juin, il y a deux jours dans  Les Echos transcrite si dessous.

Une fiscalité écologique, la voie de la raison

"Depuis maintenant plusieurs années, bon nombre d'experts nous avertissent du double risque que nous courons. D'une part la production pétrolière mondiale devrait plafonner puis décroître en l'espace d'une génération, entraînant une hausse des prix. D'autre part, le risque d'un changement climatique majeur est avéré si nous ne réduisons pas massivement nos émissions de gaz à effet de serre. La conjonction des crises climatique et énergétique risque donc de laisser à nos enfants un goût bien amer quant à ce qu'ils pourront percevoir de notre sens des responsabilités. Dans ce contexte, la France s'est fixé un cap : diviser par quatre ses émissions d'ici à 2050.

En n'envisageant que des mesures palliatives qui visent à compenser la hausse du prix de l'énergie (prime à la cuve, baisse de la TVA), nos gouvernements font une double erreur de lecture. La première est d'encourager des modes de consommation incompatibles avec les impératifs climatiques. La deuxième est de refuser de voir que l'énergie coûtera de toute façon plus cher, en raison des réserves finies d'hydrocarbures et du plafonnement des capacités de production.

L'urgence est donc de sortir nos sociétés de cette dépendance aux énergies fossiles. Si l'Union européenne est en train de prendre des mesures significatives pour les émissions concentrées de CO2 (industries lourdes), elle laisse le secteur des émissions diffuses (le logement, le transport...) à la responsabilité des Etats membres.

Proposer l'instauration d'une nouvelle taxe sur l'énergie, à l'heure où son prix augmente fortement, ne relève pas d'une provocation irresponsable. C'est au contraire la voix de la raison. C'est donner à tous les acteurs le signal qu'ils doivent se préparer à une évolution inédite depuis le début de la révolution industrielle : la hausse structurelle du prix de l'énergie, alors que la valeur de celle-ci n'a cessé de diminuer depuis deux siècles (1). C'est se prémunir contre le risque climatique. C'est de plus conserver les moyens financiers dans les pays consommateurs plutôt que de les laisser partir vers les pays producteurs.

C'est pour cela que la Fondation Nicolas Hulot a proposé lors du Grenelle de l'environnement la mise en place d'une contribution climat-énergie, c'est-à-dire d'une taxe progressivement croissante sur l'ensemble des combustibles fossiles et, de manière différenciée, sur l'énergie non fossile. Augmenter le prix de l'énergie de cette manière n'a pas vocation à appauvrir les ménages. Elle vise au contraire à nous prémunir des risques sociaux et économiques d'une évolution qui ne serait pas choisie mais subie.

Toute la question est alors de savoir à quoi le produit de cette mesure fiscale sera employé. Nicolas Sarkozy s'est engagé à mettre en oeuvre une politique fiscale « en faveur de l'environnement ». Mais il a aussi clairement indiqué que « tout prélèvement nouveau sera compensé de manière stricte ». C'est dans ce cadre que nous avons élaboré une proposition originale et précise d'affectation pour la contribution climat-énergie qui permettrait une redistribution de pouvoir d'achat.

Pour les particuliers, nous proposons la redistribution intégrale du produit de la taxe sous forme d'une allocation universelle climat identique pour tous. Ainsi, chaque année, tous les ménages recevront un chèque de l'administration fiscale. Son montant serait d'environ 130 euros par ménage pour une taxe basée la première année sur un prix du carbone à 20 euros par tonne de CO2. Cela correspond environ à une hausse du prix du gaz de 0,5 centime par kilowattheure et de 5 centimes par litre de carburant.

Augmenter à la fois le revenu (par l'allocation) et le prix de l'énergie fossile (par la fiscalité) présente un double avantage : inciter les ménages à modérer de plus en plus leurs consommations d'énergie et leur donner les moyens d'effectuer les investissements nécessaires pour consommer moins. Ainsi le citoyen recevra ce que paye le consommateur.

La contribution climat-énergie est donc efficace au plan environnemental et équitable au plan social. Les ménages modestes consomment en effet en valeur absolue beaucoup moins que les ménages les plus aisés. Autrement dit, les ménages modestes seront davantage aidés, puisque leur consommation d'énergie est moindre.

Pour les entreprises concernées par le dispositif, (celles qui ne sont pas soumises au système européen des quotas), nous proposons de baisser les cotisations sociales patronales à concurrence exacte du montant collecté. Diminuer le coût du travail sera bénéfique pour l'emploi. 20 euros par tonne de CO2 la première année permet la baisse de 0,3 point de cotisation.

Renoncer à un tel dispositif dans un pays qui importe 99 % de son pétrole et 97 % de son gaz, c'est la faillite annoncée. Avec la contribution climat-énergie, la France prendra une longueur d'avance et abordera la présidence française de l'Union européenne en ayant donné le meilleur exemple qui soit de politique publique adaptée.
NICOLAS HULOT est président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme, DOMINIQUE BOURG, PATRICK CRIQUI, ALAIN GRANDJEAN et JEAN-MARC JANCOVICI sont membres de son comité de veille écologique.

(1) Ainsi, comme le rappelle l'IFP, « avec 1 heure de SMIC, on peut acheter 4,5 litres d'essence en mai 2008,contre 3 litres en 1974 ».

 

Qui est le politique français de premier plan qui a pris la mesure de la révolution que nous vivons ? un seul : François Bayrou, à écouter de la 31 ième minute à la 40 ième dans son discours de clôture de la convention européenne le 6 juin dernier. 

 

J'aimerais ajouter à l'article des échos que nous ne sommes pas à l'abri d'un éclatement de la bulle pétrole dans les prochaines semaines ou mois. J'emprunte  à  Aerobar, son superbe travail ci-dessous

tintin et les bulles.JPG
Cela ne veut pas dire que les fossiles ne sont pas durablement cher et rare, mais un passage à 40 USD/barril risque de faire passer le sujet dépendance au fossile au second plan et la parti citoyenne qui est en nous ne sera pas en mesure de convaincre le consommateur qui vit en nous.  Un mécanisme intéressant serait de mettre en place un système de cliquet à la baisse et les fonds récoltés pourraient être orienté vers les plus touchés de nos concitoyens par un système de soutien à court terme mais aussi de transition vers une société energétiquement plus sobre. A construire, dans un cadre européen, mais commencons déjà en France.

15:21 Publié dans vers demain, dès maintenant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : energie, fiscalité

 
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